La Gestalt Thérapie du Lien

🔶 De la Gestalt classique à la Gestalt-thérapie du Lien

Information

Les contenus de cette page ont été volontairement vulgarisés pour rendre les principaux concepts de la Gestalt-Thérapie du Lien (Psychothérapie du Lien) accessibles à un public non spécialiste et cherchant à découvrir cette approche thérapeutique. 

Rappel

Avant de découvrir la PGRO, nous vous invitons à préalablement prendre connaissance des fondements de la Gestalt classique. La PGRO s'inscrit dans son prolongement et en enrichit certains aspects théoriques et cliniques. Cette lecture préalable vous permettra de mieux comprendre les spécificités et les apports de la PGRO.

Gilles DELISLE DEVELOPPE LA PGRO

Gilles DELISLE

Gilles Delisle est docteur en psychologie, psychothérapeute, formateur et auteur québécois, professeur associé à l’Université de Sherbrooke, membre de la Société internationale de neuropsychanalyse et lauréat du Prix Noël-Mailloux en 2010.

Fondateur du Centre d’Intégration Gestaltiste (CIG) de Montréal, il a consacré plusieurs décennies de recherche clinique et universitaire à l’étude du développement de la personnalité, des souffrances relationnelles chroniques et des processus thérapeutiques.

À partir des années 1990, ses travaux l’amènent à développer la Psychothérapie Gestaltiste des Relations d’Objet (PGRO), aujourd’hui également appelée Gestalt-thérapie du Lien.

DE LA GESTALT-THERAPIE CLASSIQUE A LA PGRO

La PGRO se développe à partir de la Gestalt classique

La Gestalt-thérapie du Lien est une psychothérapie intégrative.

La PGRO est une approche intégrative cohérente.

Le projet de développement de la PGRO n’est pas de rompre avec la Gestalt-thérapie classique mais d’en prolonger et d’en enrichir les fondements théoriques et cliniques en s‘appuyant sur les concepts même de la Gestalt-thérapie classique, tout en l’enrichissant des enjeux développementaux de la personne, selon la théorie des relations d’objet de l’école britannique, avec un éclairage issu des découvertes des neurosciences affectives.

 

Pourquoi Gilles Delisle développe-t-il la PGRO ?

Gilles Delisle développe la PGRO à partir de la nécessité d’enrichir le modèle gestaltiste pour mieux accompagner certaines personnes confrontées à des souffrances relationnelles profondes, notamment lorsque celles-ci prennent racine dans les expériences précoces du développement.

Il cherche ainsi à enrichir la Gestalt-thérapie en y intégrant davantage la dimension développementale, l’impact des relations et des traumas précoces et une compréhension plus approfondie de la construction du lien.

Schéma PGRO par CHAMP-G

 

La PGRO propose ainsi un modèle qui articule les apports de la Gestalt-thérapie avec ceux de la théorie des relations d’objet et de la psychopathologie du développement, afin de mieux comprendre et accompagner les difficultés relationnelles qui se manifestent dans le champ thérapeutique.

La Gestalt classique travaille principalement autour de la question :

« Comment » suis-je en relation avec mon environnement ici et maintenant ? »

 

A la question « comment », la PGRO ajoute :

 

« Pourquoi » les expériences relationnelles qui ont façonné mon développement continuent-elles d’organiser ma manière d’être en relation avec moi-même, avec les autres et avec mon thérapeute, me conduisant parfois à reproduire les mêmes schémas relationnels, même lorsqu’ils sont source de souffrance ?

Le développement de la PGRO répond à un vrai besoin thérapeutique

Dans les années 70-80, la Gestalt est efficace pour accompagner :

  • les problématiques existentielles,
  • les difficultés relationnelles,
  • le développement personnel,
  • les enjeux de choix, d’affirmation de soi, etc.

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Mais les gestaltistes commencent à recevoir de plus en plus de personnes présentant :

  • des traumatismes développementaux,
  • des troubles de l’attachement,
  • des blessures narcissiques importantes,
  • des difficultés majeures à entrer en relation,
  • des troubles limites (borderline),
  • des problématiques identitaires profondes.

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Pour certaines personnes, la seule prise de conscience (awareness) de ce qu’elles vivent ne suffit pas à transformer durablement leur manière d’être en relation avec elles-mêmes et avec les autres.

 

Quand comprendre ne suffit pas

Certaines personnes ne peuvent pas simplement augmenter leur awareness pour aller mieux.

Prendre conscience de ce que l’on ressent, de ce que l’on fait ou de la manière dont on entre en relation constitue souvent une étape essentielle du changement.

Mais pour certaines personnes, cela ne suffit pas. Elles savent parfois très bien ce qui se joue en elles. Elles comprennent leurs mécanismes, identifient leurs difficultés relationnelles et sont capables d’en parler avec beaucoup de lucidité, sans pour autant parvenir à vivre les choses autrement.

Expérimenter un nouveau lien structurant 

Certaines souffrances ne se transforment pas uniquement par la prise de conscience. Elles peuvent prendre racine dans des expériences relationnelles précoces qui n’ont pas permis de construire des repères suffisamment sécurisants pour être en lien avec soi-même et avec les autres. La relation thérapeutique peut alors devenir un espace où la personne expérimente progressivement de nouvelles façons d’être en lien et pouvoir  :

  • être en lien sans se sentir abandonnée ;
  • être accueillie sans être jugée ;
  • être différente sans être rejetée ;
  • dépendre momentanément de quelqu’un sans perdre son autonomie ;
  • découvrir qu’elle peut exister pleinement dans la relation à l’autre sans danger.

Le patient a besoin de pouvoir re-découvrir, re-expérimenter, dans la relation thérapeutique, un lien développemental suffisamment bon qui lui permette progressivement de développer de nouvelles manières d'être avec lui-même, avec les autres et avec le monde.

La PGRO cherche à permettre au Self de reprendre son mouvement de développement là où celui-ci a pu être fragilisé ou insuffisamment soutenu par les premières expériences relationnelles de la vie.

Nous entendons le lien selon 3 niveaux

Lien du
client avec
le thérapeute

Lien précoce
avec les figures de
son histoire

Lien actuel avec son environnement social et affectif

LA PLACE CENTRALE DU LIEN THERAPEUTIQUE

Pour le PGriste, le lien thérapeutique tient une place centrale

En Gestalt-thérapie classique, la relation thérapeutique est un espace privilégié qui permet à la personne d’explorer son expérience vécue dans l’ici et maintenant, de développer son awareness (la conscience de ce qu’elle vit) et de faire émerger de nouveaux ajustements créateurs.

La PGRO partage pleinement cette vision et considère que les souffrances relationnelles les plus profondes se construisent souvent dans nos liens les plus significatifs. Il devient alors particulièrement pertinent d’observer et de travailler comment celles-ci se manifestent dans le lien thérapeutique lui-même pour ensuite voir comment ce lien peut être ajusté dans les relations de la personne accompagnée vis à vis de son environnement.

Le lien thérapeutique ne favorise pas seulement le soin, il devient le soin lui-même.

Si certaines blessures relationnelles se sont construites dans le lien, c’est également dans le lien qu’elles pourront progressivement être reconnues, transformées et réparées durablement.

C’est tout le sens de cette philosophie profondément humaniste : traiter le lien par le lien.

La relation devient l’objet même du travail thérapeutique du PGriste

La PGRO considère que beaucoup de souffrances psychologiques prennent racine dans des expériences relationnelles anciennes qui n’ont pas trouvé de résolution satisfaisante.

Le patient arrive avec des patterns relationnels organisés : des façons répétitives d’anticiper, de rechercher ou d’éviter certaines expériences avec l’autre.

Par exemple :

« Si je montre ma vulnérabilité, je serai rejeté.» « Pour être aimé, je dois être parfait. » « Les autres finiront forcément par m’abandonner. » « Je dois prendre soin des autres pour avoir une place. »

Ces organisations relationnelles se rejouent dans la relation thérapeutique.

Le pgriste va donc chercher à repérer ce qui se crée entre lui et son patient, ce que la relation actuelle révèle des anciennes manières d’être en lien.

L’implication du PGriste : une présence engagée dans la relation

En PGRO, le thérapeute considère qu’il participe pleinement à la relation qui se construit avec son patient. Il ne se place pas uniquement comme un observateur du fonctionnement relationnel de la personne, mais comme un acteur engagé dans une rencontre où ce qui se vit entre eux devient une matière thérapeutique.

Le pgriste utilise donc davantage son propre ressenti et sa subjectivité pour éclairer les dynamiques relationnelles qui émergent dans l’ici-et-maintenant, lorsque cela peut favoriser une prise de conscience et une transformation du lien.

Cette implication ne signifie pas que le thérapeute se livre davantage sur sa vie personnelle, mais qu’il assume davantage sa présence comme sujet en relation avec un autre sujet. Il peut ainsi mettre en mots certains aspects de son expérience dans la rencontre afin d’aider le patient à explorer sa manière d’entrer en lien.

LES QUATRE CHAMPS EN PGRO

L’une des grandes originalités de la PGRO consiste à considérer qu’une même difficulté relationnelle peut se manifester simultanément dans plusieurs espaces (champs relationnels) de la vie d’une personne.

Le Gestalt-thérapeute du Lien portera ainsi son attention :

🔶 à ce qui se passe ici et maintenant avec son client (Champ 1) ;

🔶 à la relation thérapeutique qui se construit au fil des séances (Champ 2) ;

🔶 aux relations actuelles de la personne (Champ 3) ;

🔶 à son histoire relationnelle et développementale (Champ 4).

L’objectif de la PGRO n’est pas d’étudier ces quatre champs séparément mais de comprendre les fils invisibles qui les relient. Une même impasse ou souffrance relationnelle peut ainsi être observée dans les différents liens de la personne, y compris dans la relation thérapeutique elle-même.

Les quatre champs permettent alors de donner du sens à ce qui se répète aujourd’hui afin que puissent émerger de nouvelles manières d’être en relation avec soi-même et avec les autres, plus libres, plus ajustées et plus satisfaisantes.

Le Champ 1

L’ici et maintenant de la relation thérapeutique

Le Champ 1 s’intéresse à ce qui se passe, ici et maintenant, dans la rencontre entre le thérapeute et son client. Les émotions, les ressentis corporels, les pensées et les mouvements relationnels qui émergent dans la séance constituent autant d’informations précieuses pour comprendre la manière dont la personne entre en relation avec elle-même et avec les autres.

LE CHAMP 2

L’histoire de la relation thérapeutique

Au fil des séances, une histoire relationnelle se construit entre le thérapeute et son client. Certaines attentes, peurs ou difficultés peuvent progressivement apparaître et parfois se répéter dans cette relation particulière. Le Champ 2 permet d’observer comment cette histoire se construit dans le temps et ce qu’elle nous apprend des modes relationnels habituels de la personne.

LE CHAMP 3

Les relations actuelles du client

Le Champ 3 concerne les différents liens importants de la vie actuelle de la personne : son couple, sa famille, son environnement professionnel, ses amitiés ou encore ses relations sociales. Le thérapeute cherche à comprendre comment certaines difficultés ou répétitions relationnelles peuvent se manifester dans ces différents contextes.

LE CHAMP 4

L’histoire relationnelle et développementale

Le Champ 4 nous invite à explorer les expériences relationnelles qui ont participé à façonner la personnalité de la personne au cours de son développement. Il ne s’agit pas seulement de s’intéresser au passé, mais de mieux comprendre comment certaines manières d’être en relation ont pu constituer, à un moment donné, les meilleurs ajustements possibles pour préserver le lien, se protéger ou répondre à ses besoins fondamentaux.

LES DIFFERENCES : GESTALT CLASSIQUE ET PGRO

Information

Ce tableau a été élaboré à partir du tableau proposé par Pierre Van Damme dans son ouvrage L’espace-temps de la psychothérapie – Une approche de la Gestalt-thérapie du lien – Document pédagogique Champ-G Recherche

LA THEORIE DES RELATIONS D'OBJET

Gilles Delisle a développé la PGRO comme une approche intégrative, fondée sur les principes de la Gestalt-thérapie et enrichie par les apports de la théorie des relations d’objet principalement issue de l’école britannique (Melanie Klein, William Fairbairn, Donald Winnicott, Wilfred Bion), de la théorie de l’attachement et des neurosciences affectives.
Cette articulation offre une compréhension plus fine du développement de la personne, de son monde interne et de ses modalités relationnelles.
C’est d’ailleurs cette architecture théorique qui fait l’originalité de la PGRO.
 

En quoi la Théorie des Relations d’Objet et la Gestalt se rejoignent dans leur conception relationnelle de l’être humain ?

À première vue, la Gestalt et la théorie des relations d’objet semblent appartenir à deux traditions différentes (phénoménologie d’un côté, psychanalyse de l’autre), mais elles partagent plusieurs points de convergence fondamentaux. C‘est précisément ce qui a permis à Gilles Delisle de les articuler dans un modèle clinique intégratif et cohérent : la PGRO.

La Gestalt-thérapie et la théorie des relations d’objet se rejoignent dans leur conception relationnelle de l’être humain. La Gestalt éclaire la manière dont la personne vit et entre en relation dans le présent, tandis que la théorie des relations d’objet aide à comprendre comment cette manière d’être en relation s’est construite au cours du développement. La PGRO intègre ces deux regards pour accompagner la transformation des modalités relationnelles de la personne accompagnée.

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Les figures majeures de l’école britannique de la théorie des relations d’objet

L’école britannique des relations d’objet regroupe plusieurs psychanalystes qui ont profondément renouvelé la compréhension du développement psychique en plaçant la relation à l’autre au cœur de la construction de la personnalité. Parmi les principaux théoriciens figurent :

Mélanie klein

Les positions schizo-paranoïde et dépressive décrites par Melanie Klein éclairent la manière dont les premières relations façonnent le monde interne de la personne. Elles permettent de comprendre l’origine de certaines angoisses profondes et des mécanismes de défense précoces qui continuent à influencer les liens à l’âge adulte.

La PGRO s’appuie sur cette compréhension pour repérer ces organisations relationnelles lorsqu’elles se réactualisent dans la relation thérapeutique et offrir un cadre propice à leur élaboration et à leur transformation.

William R. D. Fairbairn

En plaçant la recherche de la relation au cœur du développement humain, William Fairbairn a montré que la personnalité se construit avant tout à partir des premières expériences relationnelles. Son concept de structure endopsychique permet de comprendre comment les représentations intériorisées de soi et des autres influencent les modalités de contact et les attentes relationnelles tout au long de la vie.

Fairbairn déplace ainsi l’accent de la recherche de plaisir vers la recherche de relation avec l’objet. 

Donald W. Winnicott

Les concepts de « mère suffisamment bonne », d’« espace transitionnel » et de « Vrai et Faux Self » de Donald Winnicott soulignent le rôle essentiel de l’environnement relationnel dans la construction du Self. Ils permettent de mieux comprendre certaines fragilités et adaptations relationnelles.

La PGRO s’appuie sur cette compréhension pour proposer une relation thérapeutique suffisamment sécurisante, favorisant des manières plus ajustées d’être en relation.