La Gestalt Thérapie du Lien

Comprendre les apports de la PGRO à la Gestalt de Perls

Une présentation claire et accessible pour comprendre comment les principaux apports de la PGRO (Psychothérapie Gestaltiste des Relation d’Objet) viennent enrichir la Gestalt de Perls et faciliter le travail de Gestalt-thérapeute du Lien.

Information

Les contenus de cette page ont été volontairement vulgarisés pour rendre les principaux concepts de la Gestalt-Thérapie du Lien (Psychothérapie du Lien) accessibles à un public non spécialiste et cherchant à découvrir cette approche thérapeutique. 

Rappel

Avant de découvrir la PGRO, nous vous invitons à préalablement prendre connaissance des fondements de la Gestalt-thérapie de Perls. La PGRO s'inscrit dans son prolongement et en enrichit certains aspects théoriques et cliniques. Cette lecture préalable vous permettra de mieux comprendre les spécificités et les apports de cette approche.

Gilles DELISLE DEVELOPPE LA PGRO

Gilles DELISLE

Gilles Delisle est psychologue, psychothérapeute, formateur et auteur québécois. Fondateur du Centre d’Intégration Gestaltiste (CIG) de Montréal, il a consacré plusieurs décennies de recherche clinique et universitaire à l’étude du développement de la personnalité, des souffrances relationnelles chroniques et des processus thérapeutiques.

À partir des années 1990, ses travaux l’amènent à développer la Psychothérapie Gestaltiste des Relations d’Objet (PGRO), aujourd’hui également appelée Gestalt-thérapie du Lien.

DE LA GESTALT-THERAPIE CLASSIQUE A LA PGRO

La PGRO se développe à partir de la Gestalt classique

La PGRO s’inscrit dans la continuité de la Gestalt-thérapie dont elle conserve le socle gestaltiste tout en l’enrichissant des apports de la théorie des relations d’objet, de la théorie de l’attachement et des neurosciences affectives.

 

Gilles Delisle constate que la Gestalt-thérapie classique rencontre certaines limites lorsqu’il s’agit d’accompagner des personnes présentant des souffrances relationnelles profondes et précoces. 

Le projet de développement de la PGRO n’est pas de rompre avec la Gestalt-thérapie classique mais d’en prolonger et d’en enrichir les fondements théoriques et cliniques en s‘appuyant sur les concepts même de la Gestalt-thérapie classique, sur les théories des relations d’objet, sur une théorie revisitée du Self, sur le développement de la personnalité ainsi que sur les apports contemporains des neurosciences affectives.

La PGRO est une approche intégrative cohérente de la théorie du self de la Gestalt-thérapie classique revisitée par la théorie psychanalytique des Relations d’Objet.

Gille Delisle développe donc ce qu’il manquait à la Gestalt-thérapie classique : la dimension développementale, l’impact des relations précoces, et une théorie du lien.

La Gestalt classique s’est développée principalement autour de la question :

« Comment suis-je en relation avec mon environnement ici et maintenant ? »

A la question « comment », la PGRO ajoute : 

« Pourquoi les expériences relationnelles qui ont façonné mon développement continuent-elles d’organiser ma manière d’être en relation avec moi-même, avec les autres et avec mon thérapeute, me conduisant parfois à reproduire les mêmes schémas relationnels, même lorsqu’ils sont source de souffrance ?

Le développement de la PGRO répond à un vrai besoin thérapeutique

Dans les années 70-80, la Gestalt est efficace pour accompagner :

  • les problématiques existentielles,
  • les difficultés relationnelles,
  • le développement personnel,
  • les enjeux de choix, d’affirmation de soi, etc.

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Mais les gestaltistes commencent à recevoir de plus en plus de personnes présentant :

  • des traumatismes développementaux,
  • des troubles de l’attachement,
  • des blessures narcissiques importantes,
  • des difficultés majeures à entrer en relation,
  • des troubles limites (borderline),
  • des problématiques identitaires profondes.

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Gilles Delisle fait alors un constat :

Pour certaines personnes, la seule prise de conscience (awarness) de ce qu’elles vivent ne suffit pas à transformer durablement leur manière d’être en relation avec elles-mêmes et avec les autres.

 

Quand comprendre ne suffit pas : le besoin d’une nouvelle expérience relationnelle

Certaines personnes ne peuvent pas simplement augmenter leur awareness pour aller mieux.

Prendre conscience de ce que l’on ressent, de ce que l’on fait ou de la manière dont on entre en relation constitue souvent une étape essentielle du changement.

Mais pour certaines personnes, cela ne suffit pas. Elles savent parfois très bien ce qui se joue en elles. Elles comprennent leurs mécanismes, identifient leurs difficultés relationnelles et sont capables d’en parler avec beaucoup de lucidité, sans pour autant parvenir à vivre les choses autrement.

Expérimenter un nouveau lien stucturant 

Certaines souffrances ne peuvent pas se transformer uniquement par une prise de conscience. Elles trouvent parfois leur origine dans des expériences relationnelles précoces qui n’ont pas permis à la personne de construire des repères suffisamment sécurisants pour être en lien avec elle-même et avec les autres. Ainsi, au-delà de comprendre ce qui se passe en elle, la personne a besoin de vivre, dans la relation thérapeutique, une expérience relationnelle nouvelle qui puisse progressivement ouvrir de nouvelles possibilités d’être en lien.

Elles ont alors besoin d’une relation thérapeutique qui leur permette progressivement d’expérimenter ce qu’elles n’ont parfois jamais connu : pouvoir être en lien sans être abandonnées, être accueillies sans être jugées, être différentes sans être rejetées, pouvoir dépendre momentanément de quelqu’un sans perdre leur autonomie, ou encore découvrir qu’elles peuvent exister pleinement dans la relation à l’autre sans danger.

Le patient a besoin de pouvoir re-découvrir, re-expérimenter, dans la relation thérapeutique, un lien développemental suffisamment bon qui lui permette progressivement de développer de nouvelles manières d'être avec lui-même, avec les autres et avec le monde.

La PGRO cherche à permettre au Self de reprendre son mouvement de développement là où celui-ci a pu être interrompu, fragilisé ou insuffisamment soutenu par les premières expériences relationnelles de la vie.

LA PLACE CENTRALE DU LIEN THERAPEUTIQUE

Pour le PGriste, le lien thérapeutique tient une place centrale

En Gestalt-thérapie classique, la relation thérapeutique est un espace privilégié qui permet à la personne d’explorer son expérience vécue dans l’ici et maintenant, de développer son awareness (la conscience de ce qu’elle vit) et de faire émerger de nouveaux ajustements créateurs.

La PGRO partage pleinement cette vision. Elle y ajoute cependant une autre dimension fondamentale : elle considère que les souffrances relationnelles les plus profondes se construisent souvent dans nos liens les plus significatifs. Il devient alors particulièrement pertinent d’observer et de travailler comment celles-ci se manifestent dans le lien thérapeutique lui-même pour ensuite voir comment ce lien peut être transformé dans les relations de la personne accompagnée vis à vis de son environnement.

Le lien thérapeutique ne favorise pas seulement le soin, il devient le soin lui-même.

Si certaines blessures relationnelles se sont construites dans le lien, c’est également dans le lien qu’elles pourront progressivement être reconnues, transformées et réparées durablement.

C’est tout le sens de cette philosophie profondément humaniste : traiter le lien par le lien.

La relation devient l’objet même du travail thérapeutique du PGriste

La PGRO considère que beaucoup de souffrances psychologiques prennent racine dans des expériences relationnelles anciennes qui n’ont pas trouvé de résolution satisfaisante.

Le patient arrive avec des patterns relationnels organisés : des façons répétitives d’anticiper, de rechercher ou d’éviter certaines expériences avec l’autre.

Par exemple :

« Si je montre ma vulnérabilité, je serai rejeté.» « Pour être aimé, je dois être parfait. » « Les autres finiront forcément par m’abandonner. » « Je dois prendre soin des autres pour avoir une place. »

Ces organisations relationnelles se rejouent dans la relation thérapeutique.

Le pgriste va donc chercher à repérer ce qui se crée entre lui et son patient, ce que la relation actuelle révèle des anciennes manières d’être en lien.

L’implication du PGriste : une présence engagée dans la relation

En PGRO, le thérapeute considère qu’il participe pleinement à la relation qui se construit avec son patient. Il ne se place pas uniquement comme un observateur du fonctionnement relationnel de la personne, mais comme un acteur engagé dans une rencontre où ce qui se vit entre eux devient une matière thérapeutique. Le pgriste utilise donc davantage son propre ressenti et sa subjectivité pour éclairer les dynamiques relationnelles qui émergent dans l’ici-et-maintenant, lorsque cela peut favoriser une prise de conscience et une transformation du lien.

Cette implication ne signifie pas que le thérapeute se livre davantage sur sa vie personnelle, mais qu’il assume davantage sa présence comme sujet en relation avec un autre sujet. Il peut ainsi mettre en mots certains aspects de son expérience dans la rencontre afin d’aider le patient à explorer sa manière d’entrer en lien.

LES QUATRE CHAMPS : UNE NOUVELLE COMPREHENSION DU LIEN

L’une des grandes originalités de la PGRO consiste à considérer qu’une même difficulté relationnelle peut se manifester simultanément dans plusieurs espaces (champs relationnels) de la vie d’une personne.
Le Gestalt-thérapeute du Lien portera ainsi son attention :
  • à ce qui se passe ici et maintenant avec son client (Champ 1) ;
  • à l’histoire de la relation thérapeutique qui se construit au fil des séances (Champ 2) ;
  • aux relations actuelles de la personne (Champ 3) ;
  • à son histoire relationnelle et développementale (Champ 4).

L’objectif de la PGRO n’est pas d’étudier ces quatre champs séparément mais de comprendre les fils invisibles qui les relient. Une même impasse ou souffrance relationnelle peut ainsi être observée dans les différents liens de la personne, y compris dans la relation thérapeutique elle-même.

Les quatre champs permettent alors de donner du sens à ce qui se répète aujourd’hui afin que puissent émerger de nouvelles manières d’être en relation avec soi-même et avec les autres, plus libres, plus ajustées et plus satisfaisantes.

Le Champ 1

L’ici et maintenant de la relation thérapeutique

Le Champ 1 s’intéresse à ce qui se passe entre le thérapeute et son client au moment présent. Les émotions, les ressentis corporels, les pensées et les mouvements relationnels qui émergent dans la séance constituent autant d’informations précieuses pour comprendre la manière dont la personne entre en relation avec elle-même et avec les autres.

LE CHAMP 2

L’histoire de la relation thérapeutique

Au fil des séances, une histoire relationnelle se construit entre le thérapeute et son client. Certaines attentes, peurs ou difficultés peuvent progressivement apparaître et parfois se répéter dans cette relation particulière. Le Champ 2 permet d’observer comment cette histoire se construit dans le temps et ce qu’elle nous apprend des modes relationnels habituels de la personne.

LE CHAMP 3

Les relations actuelles du client

Le Champ 3 concerne les différents liens importants de la vie actuelle de la personne : son couple, sa famille, son environnement professionnel, ses amitiés ou encore ses relations sociales. Le thérapeute cherche à comprendre comment certaines difficultés ou répétitions relationnelles peuvent se manifester dans ces différents contextes.

LE CHAMP 4

L’histoire relationnelle et développementale

Le Champ 4 nous invite à explorer les expériences relationnelles qui ont participé à façonner la personnalité de la personne au cours de son développement. Il ne s’agit pas seulement de s’intéresser au passé, mais de mieux comprendre comment certaines manières d’être en relation ont pu constituer, à un moment donné, les meilleurs ajustements possibles pour préserver le lien, se protéger ou répondre à ses besoins fondamentaux.

LA THEORIE DES RELATIONS D'OBJET

Gilles Delisle a développé la PGRO comme une approche intégrative, fondée sur les principes de la Gestalt-thérapie et enrichie par les apports de la théorie des relations d’objet principalement issue de l’école britannique (Melanie Klein, William Fairbairn, Donald Winnicott, Wilfred Bion), de la théorie de l’attachement et des neurosciences affectives.
Cette articulation offre une compréhension plus fine du développement de la personne, de son monde interne et de ses modalités relationnelles.
C’est d’ailleurs cette architecture théorique qui fait l’originalité de la PGRO.
 

En quoi la Théorie des Relations d’Objet et la Gestalt se rejoignent dans leur conception relationnelle de l’être humain 

À première vue, la Gestalt et la théorie des relations d’objet semblent appartenir à deux traditions différentes (phénoménologie d’un côté, psychanalyse de l’autre), mais elles partagent plusieurs points de convergence fondamentaux. C‘est précisément ce qui a permis à Gilles Delisle de les articuler dans un modèle clinique intégratif et cohérent : la PGRO.

La Gestalt-thérapie et la théorie des relations d’objet se rejoignent dans leur conception relationnelle de l’être humain. La Gestalt éclaire la manière dont la personne vit et entre en relation dans le présent, tandis que la théorie des relations d’objet aide à comprendre comment cette manière d’être en relation s’est construite au cours du développement. La PGRO intègre ces deux regards pour accompagner la transformation des modalités relationnelles de la personne accompagnée.

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Les figures majeures de l’école britannique de la théorie des relations d’objet

L’école britannique des relations d’objet regroupe plusieurs psychanalystes qui ont profondément renouvelé la compréhension du développement psychique en plaçant la relation à l’autre au cœur de la construction de la personnalité. Parmi les principaux théoriciens figurent :

Mélanie klein

Les positions schizo-paranoïde et dépressive décrites par Melanie Klein éclairent la manière dont les premières relations façonnent le monde interne de la personne. Elles permettent de comprendre l’origine de certaines angoisses profondes et des mécanismes de défense précoces qui continuent à influencer les liens à l’âge adulte.

La PGRO s’appuie sur cette compréhension pour repérer ces organisations relationnelles lorsqu’elles se réactualisent dans la relation thérapeutique et offrir un cadre propice à leur élaboration et à leur transformation.

William R. D. Fairbairn

En plaçant la recherche de la relation au cœur du développement humain, William Fairbairn a montré que la personnalité se construit avant tout à partir des premières expériences relationnelles. Son concept de structure endopsychique permet de comprendre comment les représentations intériorisées de soi et des autres influencent les modalités de contact et les attentes relationnelles tout au long de la vie.

L’être humain n’est plus pensé comme fondamentalement motivé par la recherche de plaisir, mais par la recherche d’une relation avec un objet (une autre personne)

Donald W. Winnicott

Les concepts de « mère suffisamment bonne », d’ « objet et espace transitionnels » et de « Vrai et Faux Self » développés par Donald Winnicott mettent en évidence le rôle essentiel de l’environnement relationnel dans la construction du Self. Ils permettent de mieux comprendre l’origine de certaines fragilités narcissiques, des difficultés d’autonomie et des adaptations relationnelles développées pour préserver le lien.

La PGRO s’appuie sur cette compréhension pour proposer une relation thérapeutique suffisamment sécurisante, permettant au patient de retrouver progressivement une manière plus authentique d’être en relation.

LA PGRO INTEGRE

 

Ce que la PGRO intègre
Ce que cela apporte
La Gestalt-thérapieLe travail sur la phénoménologie, l’awareness, le champ organisme/environnement, l’ici-et-maintenant, l’expérimentation, la théorie du Self et du contact.
La théorie des relations d’objetUne compréhension du développement de la personnalité, du monde interne, des organisations relationnelles et des troubles de la personnalité.
La théorie de l’attachementUne lecture des besoins de sécurité, des styles d’attachement et de leur influence sur les relations actuelles, notamment la relation thérapeutique.
Les neurosciences affectivesUne meilleure compréhension de la régulation émotionnelle, de l’impact des expériences précoces sur le cerveau et des mécanismes de changement dans une relation sécurisante.